Au G8, Douste-Blazy fait la promotion des financements innovants
Dans Financements Innovants, I-8/L.I.F.E.Le Figaro, jeudi 11 juin 2009
Au G8, Douste-Blazy fait la promotion des financements innovants
DEVELOPPEMENT
L’ancien ministre français de la Santé veut élargir le principe de la « taxe Chirac ».
Rome
« EN TROIS ANS, on a pu lever 2,6 milliards de dollars en faveur du secteur de la santé dans les pays en développement », explique Philippe Douste-Blazy. L’ancien ministre français de la Santé est responsable auprès du secrétaire général des Nations Unies d’identifier des formes innovantes de financement au développement. Il fera le point de ses travaux devant le G8 des ministres de la Coopération qui se tient à Rome ce soir et demain.
Son intervention est très attendue : les huit mécanismes déjà mis en place sous le sigle Life génèrent de grands espoirs. « Un milliard et demi d’êtres humains gagnent moins de 1,5 dollar par jour. La crise actuelle menace d’avoir des conséquences effrayantes dans le tiers-monde. Il est urgent de trouver de nouvelles formes de financement pour renforcer une aide publique au développement (APD) qui ne fait que stagner », dit-il.
Certains mécanismes sont déjà rôdés. C’est le cas du prélèvement automatique sur les billets d’avion Unitaid (lire encadré). C’est aussi le cas des campagnes de vaccination de l’alliance Gavi financées par des prélèvements sur les emprunts internationaux garantis par les Etats : plus d’un milliard de dollars ont déjà été affectés. L’objectif est de réunir 4 milliards en dix ans. « Cela a déjà permis de vacciner 550 millions d’enfants », déclare Philippe Douste-Blazy au Figaro.
Les projets innovants sont multiformes. Ils permettent d’aider les laboratoires à commercialiser les vaccins pour le tiers-monde à des prix rémunérateurs. Un exemple parmi d’autres : le logo commercial « RED » créé par le chanteur de rock irlandais Bono et apposé sur des articles de luxe et de mode a déjà rapporté 250 millions de dollars.
Projets à succès
Fort de ces projets à succès, Douste-Blazy défend l’idée d’investissements « socialement responsables » auxquels les individus pourraient participer grâce à des prélèvements volontaires – de 1 ou 2 euros – effectués sur des secteurs à définir : le marché du charbon, du tourisme, de la téléphonie mobile, voire d’Internet. « Je voudrais faire de Life l’équivalent pour le développement du Giec (Groupe intergouvernemental sur le climat) », insiste M. Douste-Blazy. Les projets retenus à Rome seront soumis au sommet du G8 en juillet afin d’être adoptés et traduits en initiatives concrètes dans les six prochains mois.
Richard Heuzé
Le succès de la « taxe Chirac » : 1 milliard de dollars pour soigner les bébés malades du sida
Mis en place à l’initiative de Jacques Chirac et du président brésilien Luiz Inacio da Silva, Unitaid est un prélèvement automatique sur les billets d’avion, à raison d’un ou deux dollars sur les billets de classe économique jusqu’à vingt dollars sur ceux de classe affaires. Raillé quand il fut proposé, ce mécanisme rencontre un vrai succès aujourd’hui.
Douze pays l’ont déjà adopté. Une dizaine d’autres sont en train de le faire et, fin 2010, trente pays l’auront mis en place. En trois ans, il rapportera un milliard de dollars, entièrement affectés à la lutte du sida des nouveaux-nés dans le tiers-monde. Quelque 2 200 enfants naissent chaque jour avec cette infection. « On ne sait pas assez que les trois quarts de ces enfants sont soignés grâce à ce mécanisme », insiste Philippe Douste-Blazy.
La régularité de financement à permis de diminuer de 50% le prix des médicaments. « A l’inverse des budgets nationaux qui sont reconduits d’année en années, ce mécanisme a des effets pérennes. Ce qui permet de négocier au meilleur prix avec les laboratoires pharmaceutiques », souligne l’ancien chef de la diplomatie française.
De plus, ce mécanisme incite les laboratoires à mettre au point des médicaments pédiatriques spécifiques pour le tiers-monde, alors qu’ils n’existaient pas dans les pays riches, le sida étant traité chez les mères enceintes.
R.H.




